Le figaro-Débats/L'éditorial d'Yves Thréard du 11 janvier.
Les anti-OGM ont gagné. La probable décision de suspendre la culture du maïs transgénique Mon 810, le seul cultivé en France à des fins commerciales, peut être
interprétée comme un acte de sagesse. Elle pose néanmoins beaucoup de questions. Et on ne peut s'empêcher de penser qu'un effet «Grenelle de l'environnement» est passé par là.
Contrairement à Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy s'était plutôt déclaré favorable aux OGM pendant la campagne présidentielle. Posture courageuse alors que tous les
sondages montrent invariablement que près des deux tiers des Français y sont hostiles. Attitude de rupture aussi par rapport au principe de précaution, érigé en nouvelle loi d'airain des sociétés
avancées. Mais qui revient à dire : dans le doute, abstenons-nous.
Le futur chef de l'État pouvait quand même se prévaloir de nombreuses études soulignant l'innocuité des organismes génétiquement modifiés. Un rapport de l'Agence
française de sécurité sanitaire des aliments souligne même, en 2004, leur caractère bénéfique pour la santé.
Puis l'heure du «Grenelle de l'environnement» a sonné. La guerre entre pro et anti a été soigneusement évitée. Aucun accord n'a été trouvé, seul un constat
dressé : il faut continuer à chercher. Une Haute Autorité sur les OGM a donc été diligentée qui, comme par miracle aujourd'hui, conclut à des «doutes sérieux». Condition nécessaire pour
renvoyer le dossier aux instances européennes. Autant dire aux calendes grecques, car les Vingt-Sept sont loin d'être sur la même longueur d'onde.
Cette Haute Autorité prétend apporter des «faits scientifiques nouveaux». Pourtant, elle ne dit rien qu'on ne sache déjà. Notamment sur les risques de dissémination à
d'autres cultures sur plusieurs dizaines voire centaines de kilomètres. Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'État à l'Écologie, l'a toujours affirmé.
Mais le «Grenelle de l'environnement» fut un tel événement, relayé dans le monde entier, une telle fierté, partagée par la majorité des Français pour montrer qu'ils
prenaient les premiers conscience de la nécessité de protéger la planète et ses occupants, un tel exemple à suivre, présenté comme une révolution culturelle, un pacte fondateur devant
l'universel, qu'avaliser les OGM devenait politiquement impossible, intenable, inopportun. Ce n'était pas le sens de l'histoire.
La FNSEA dénonce «l'hypocrisie», la «démagogie» d'un moratoire. Le bétail européen n'est-il pas élevé avec du soja OGM importé ? Économiquement, c'est laisser le
champ libre aux multinationales américaines et aux nations émergentes qui investissent des milliards dans ce domaine. Cela rend vains tous les discours sur la recherche-développement, facteur
d'une croissance tant espérée.
Mais, au-delà des enjeux financiers, on peut regretter la frilosité, le manque d'audace de la France. Pays où, certes, l'affaire du sang contaminé a laissé des traces
indélébiles. Pays où la démocratie d'opinion dicte trop souvent sa loi à l'action politique.
http://www.lefigaro.fr/debats/2008/01/11/01005-20080111ARTFIG00312-les-ogm-contre-le-sensde-l-histoire.php
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Ouest-France/La Haute Autorité sur les OGM a émis des « doutes sérieux » sur le maïs Mon 810. Y avait-il des faits nouveaux ? Explications.
Le Comité de préfiguration de la Haute Autorité (1) a, en moins d'un mois, rassemblé, analysé et discuté une quinzaine d'études scientifiques nouvelles
consacrées au maïs Monsanto, le Mon 810, le seul cultivé en France et en Europe. Une question lui était posée : y a-t-il des éléments scientifiques nouveaux, inconnus il y a dix
ans lors de l'autorisation accordée à ce maïs qui produit son propre insecticide ? La réponse est oui. Ce maïs transgénique a le pollen plus voyageur que prévu. Et ses effets ne touchent
pas seulement la pyrale, une chenille, son principal ennemi. Cependant, dans un courrier diffusé hier soir, une majorité des scientifiques de la Haute Autorité se disent indignés par le terme
« doutes sérieux » inscrit dans l'avis définitif par le président, Jean-François Le Grand. Ils avaient des
« interrogations » mais n'ont jamais qualifié ces nouveaux faits de
« négatifs », disent-ils.
Jusqu'où cet OGM peut-il se propager ? Quand il a été autorisé, en 1998, les experts estimaient que son pollen ne pouvait se propager qu'à quelques
mètres. Des études récentes, menées notamment par Antoine Messéan, chercheur à l'Inra, publiées en 2007, révèlent que le pollen, emporté par les vents, et toujours actif, peut parcourir de
grandes distances. On ne parle plus de mètres mais de kilomètres. En altitude, le pollen rencontre de meil-leures conditions de survie qu'au sol (température, humidité), expliquent les
chercheurs. Conclusion de la Haute autorité : il peut y avoir « pollinisation croisée entre champs d'OGM et champs sans OGM, à l'échelle d'une petite région
agricole ».
Un OGM toxique pour d'autres espèces ? De nouvelles étu-des confirment des effets toxiques « avérés à long terme »
sur des espèces animales que ce maïs est censé épargner. Il cible la pyrale, mais il atteint également les monarques (un papillon), les lombrics (vers de terre) et toute une petite faune des
sols jusqu'aux bactéries. La toxine de l'OGM a également été retrouvée dans les milieux aquatiques. Elle reste active dans l'eau pendant 20 à 40 jours selon une étude réalisée en 2007. Des
analyses complémentaires sont souhaitées.
Des effets sur la santé humaine ? La Haute Autorité n'a eu ni le temps ni les moyens de trancher ce débat qui divise la communauté scientifique. Cet OGM est
depuis de nombreuses années testé sur des rats de laboratoire. On le leur fait ingurgiter pendant 90 jours. Ces tests, dit-elle, sont insuffisants. « Des études menées sur du long terme et
sur d'autres espèces que le rat sont nécessaires. »Bernard LE SOLLEU. (1)
http://www.ouest-france.fr/OGM-pourquoi-la-Haute-Autorite-a-dit-non-/re/actuDet/actu_3636-507169-----_actu.html
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Challenges/OGM : polémique autour des "doutes sérieux" de la Haute autorité
Certains de ses membres expliquent que le terme ne figurait pas dans leur projet d'avis et relève d'une interprétation
excessive.
Vives critiques sur l'avis de la Haute autorité provisoire sur les OGM, jeudi 10 janvier. 14 scientifiques membres de cette autorité ont ainsi contesté les "doutes sérieux" évoqués par le
président de l'instance, Jean-François Le Grand, pour présenter l'avis sur le maïs MON810 de Monsanto. Un avis qui pourrait ouvrir la voie à l'activation de la clause de sauvegarde.
Les scientifiques font remarquer que ce terme ne figurait pas dans le projet d'avis rédigé le 9 janvier. Ils se disent "gênés par le décalage entre l'avis tel qu'ils l'ont rédigé et sa
transcription" et "regrettent le manque de temps qui ne leur a pas permis, d'une part de réaliser une expertise plus complète du MON 810 selon les critères de l'expertise collective, et
d'autre part de relire sereinement l'avis avant sa diffusion".
Un avis critiqué par le botaniste Pierre-Henri Gouyon, également membre de la Haute autorité, qui reconnaît que Jean-François Le Grand "aurait pu mieux séparer ce qui était le texte du comité
de son interprétation", mais juge que "le doute est évident devant l'ensemble des faits".
Critiques d'Accoyer
Jeudi, le président de l'Assemblée nationale a lui aussi vivement critiqué l'avis de la Haute autorité sur les OGM et a demandé que les décisions en la matière soient basées sur "de véritable
conclusions scientifiques". Bernard Accoyer a aussi contesté l'action des militants anti-OGM et de l'altermondialiste José Bové, en grève de la faim pour que la France active la clause de
sauvegarde.
L'avis du Haut comité a également suscité la colère du syndicat des producteurs de grandes cultures (blé, maïs et oléoprotéagineux), qui a pointé des "mensonges" et une "politique
politicienne".
Moins surprenant: Monsanto France a aussi réagi jeudi. La filiale du géant américain de l'agrochimie Monsanto a émis "des doutes sérieux" sur le travail d'évaluation de son produit. Pour
Monsanto France, "réalisée trop rapidement par une autorité mise en place à titre temporaire, la revue concernée pose question. Elle n'ajoute rien de nouveau au corpus considérable de preuves
scientifiques et de revues multiples déjà menées sur le Mon 810 par les autorités compétentes à travers le monde et incluant l'Union Européenne et la France".
http://www.challenges.fr/20080111.CHA5913/ogm__polemique_autour_des_doutes_serieux_de_la_haute_au.html
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Libération/L’avis de la Haute Autorité sur les OGM contesté de l’intérieur
Le maïs OGM n’a pas fini de coller au doigt du gouvernement. Mercredi soir, tout semblait réglé. A l’issue de la dernière réunion d’évaluation du maïs Mon 810 par
le comité de préfiguration de la Haute Autorité sur les OGM, son président, le sénateur Jean-François Le Grand, avait lâché les mots magiques : il y a des «doutes sérieux». Mot pour
mot les termes évoqués la veille par Sarkozy comme un préalable pour activer la clause de sauvegarde, qui suspendrait la culture en France. Sauf que ces termes ne figurent pas dans l’avis
rendu, comme l’ont déploré hier soir, dans un texte, 14 membres (dont 12 des 15 scientifiques) de la Haute autorité, qui se disent «gênés par le décalage entre l’avis tel qu’ils
l’ont rédigé et sa transcription».
L’avis souligne «plusieurs faits scientifiques nouveaux», comme la dispersion du pollen sur de grandes distances, ou des effets toxiques sur certaines
espèces. Il évoque aussi des «questions insuffisamment prises en compte dans l’évaluation des impacts», pointant par exemple les limites des tests toxicologiques. Bref, les
«informations nouvelles» réclamées par Bruxelles pour une clause de sauvegarde sont là. Mais pas les «doutes sérieux». «[Le sénateur] aurait pu mieux séparer ce qui était
le texte du comité de son interprétation. Mais le doute est évident devant l’ensemble des faits, résumait hier à l’AFP le botaniste Pierre-Henri Gouyon, membre de la Haute Autorité (et non
signataire du texte critique). L’exercice auquel on se livre dans ce comité est très difficile puisqu’on a notamment des gens qui sont là pour promouvoir les OGM, comme les
semenciers.» Des semenciers, comme Monsanto, qui ont passé la journée à critiquer l’avis de la Haute autorité, estimant que «cette revue réalisée trop rapidement, ne peut en aucun cas
constituer la base d’un processus éclairé de décision». Même critique chez Bernard Accoyer, président de l’Assemblée : «Nous ne pouvons nous satisfaire de tels verdicts d’un comité
nommé avec peut-être un peu de précipitation.» Le président de la République a assuré qu’il prendrait sa décision «dans les tout prochains jours».
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/303153.FR.php
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